La porte du parloir était entrouverte; elle s’y glissa comme une ombre pâle, et, remerciant d’Artagnan d’un seul signe de la main, elle disparut à ses yeux.

Quand d’Artagnan se trouva tout à fait seul, il réfléchit profondément à ce qui venait de se passer.

— Voilà, par ma foi! dit-il, ce qu’on appelle une fausse position... Conserver un secret pareil, c’est garder dans sa poche un charbon ardent et espérer qu’il ne brûlera pas l’étoffe. Ne pas garder le secret, quand on a juré qu’on le garderait, c’est d’un homme sans honneur. Ordinairement, les bonnes idées me viennent en courant; mais, cette fois, ou je me trompe fort, ou il faut que je coure beaucoup pour trouver la solution de cette affaire... Où courir?... Ma foi! au bout du compte, du côté de Paris; c’est le bon côté... Seulement, courons vite... Mais pour courir vite, mieux valent quatre jambes que deux. Malheureusement, pour le moment, je n’ai que mes deux jambes... Un cheval! comme j’ai entendu dire au théâtre de Londres; ma couronne pour un cheval!... J’y songe, cela ne me coûtera point aussi cher que cela... Il y a un poste de mousquetaires à la barrière de la Conférence, et, pour un cheval qu’il me faut, j’en trouverai dix.

En vertu de cette résolution, prise avec sa rapidité habituelle, d’Artagnan descendit soudain les hauteurs, gagna le poste, y prit le meilleur coursier qu’il y put trouver, et fut rendu au palais en dix minutes.

Cinq heures sonnaient à l’horloge du Palais-Royal.

D’Artagnan s’informa du roi.

Le roi s’était couché à son heure ordinaire, après avoir travaillé avec M. Colbert, et dormait encore, selon toute probabilité.

— Allons, dit-il, elle m’avait dit vrai, le roi ignore tout; s’il savait seulement la moitié de ce qui s’est passé, le Palais-Royal serait, à cette heure, sens dessus dessous.

Encore ému de la querelle qu’il venait d’avoir avec La Vallière, il errait dans son cabinet, fort désireux de trouver une occasion de faire un éclat, après s’être retenu si longtemps.

Colbert, en voyant le roi, jugea d’un coup d’œil la situation, et comprit les intentions du monarque. Il louvoya.