À la façon dont le roi avait quitté les ambassadeurs, les moins clairvoyants avaient deviné une guerre.
Les ambassadeurs eux-mêmes, peu instruits de la chronique intime, avaient interprété contre eux ce mot célèbre: «Si je ne suis pas maître de moi, je le serai de ceux qui m’outragent.»
Heureusement pour les destinées de la France et de la Hollande, Colbert les avait suivis pour leur donner quelques explications, mais les reines et Madame, fort intelligentes de tout ce qui se faisait dans leurs maisons, ayant entendu ce mot plein de menaces, s’en étaient allées avec beaucoup de crainte et de dépit.
Madame, surtout, sentait que la colère royale tomberait sur elle, et, comme elle était brave, haute à l’excès, au lieu de chercher appui chez la reine mère, elle s’était retirée chez elle, sinon sans inquiétude, du moins sans intention d’éviter le combat. De temps en temps, Anne d’Autriche envoyait des messagers pour s’informer si le roi était revenu.
Le silence que gardait le château sur cette affaire et la disparition de Louise étaient le présage d’une quantité de malheurs pour qui savait l’humeur fière et irritable du roi.
Mais Madame, tenant ferme contre tous ces bruits, se renferma dans son appartement, appela Montalais près d’elle, et, de sa voix la moins émue, fit causer cette fille sur l’événement. Au moment où l’éloquente Montalais concluait avec toutes sortes de précautions oratoires et recommandait à Madame la tolérance sous bénéfice de réciprocité, M. Malicorne parut chez Madame pour demander une audience à cette princesse.
Le digne ami de Montalais portait sur son visage tous les signes de l’émotion la plus vive. Il était impossible de s’y méprendre: l’entrevue demandée par le roi devait être un des chapitres les plus intéressants de cette histoire du cœur des rois et des hommes.
Madame fut troublée par cette arrivée de son beau-frère; elle ne l’attendait pas si tôt; elle ne s’attendait pas surtout, à une démarche directe de Louis.
Or, les femmes, qui font si bien la guerre indirectement, sont toujours moins habiles et moins fortes quand il s’agit d’accepter une bataille en face.
Madame, avons-nous dit, n’était pas de ceux qui reculent, elle avait le défaut ou la qualité contraire.