— Me ferez-vous, dit-il, l’honneur de prendre ma main pour aller saluer le roi, qui nous attend?
Et, à ces mots, Buckingham, toujours riant, prit la main de miss Lucy Stewart et l’emmena.
Restée seule, Mary Graffton, la tête inclinée sur l’épaule avec cette mollesse gracieuse particulière aux jeunes Anglaises, demeura un instant immobile, les yeux fixés sur Raoul, mais comme indécise de ce qu’elle devait faire. Enfin, après que ses joues, en pâlissant et en rougissant tour à tour, eurent révélé le combat qui se passait dans son cœur, elle parut prendre une résolution et s’avança d’un pas assez ferme vers le banc où Raoul était assis, et rêvait comme on l’avait bien dit.
Le bruit des pas de miss Mary, si léger qu’il fût sur la pelouse verte, réveilla Raoul; il détourna la tête, aperçut la jeune fille et marcha au-devant de la compagne que son heureux destin lui amenait.
— On m’envoie à vous, monsieur, dit Mary Graffton; m’acceptez-vous?
— Et à qui dois-je être reconnaissant d’un pareil bonheur, mademoiselle? demanda Raoul.
— À M. de Buckingham, répliqua Mary en affectant la gaieté.
— À M. de Buckingham, qui recherche si passionnément votre précieuse compagnie! Mademoiselle, dois-je vous croire?
— En effet, monsieur, vous le voyez, tout conspire à ce que nous passions la meilleure ou plutôt la plus longue part de nos journées ensemble. Hier, c’était le roi qui m’ordonnait de vous faire asseoir près de moi, à table; aujourd’hui, c’est M. de Buckingham qui me prie de venir m’asseoir près de vous, sur ce banc.
— Et il s’est éloigné pour me laisser la place libre? demanda Raoul, avec embarras.