— Regardez là-bas, au détour de l’allée, il va disparaître avec miss Stewart. A-t-on de ces complaisances-là en France, monsieur le vicomte?
— Mademoiselle, je ne pourrais trop dire ce qui se fait en France, car à peine si je suis Français. J’ai vécu dans plusieurs pays et presque toujours en soldat; puis j’ai passé beaucoup de temps à la campagne; je suis un sauvage.
— Vous ne vous plaisez point en Angleterre, n’est-ce pas?
— Je ne sais, dit Raoul distraitement et en poussant un soupir.
— Comment, vous ne savez?...
— Pardon, fit Raoul en secouant la tête et en rappelant à lui ses pensées. Pardon, je n’entendais pas.
— Oh! dit la jeune femme en soupirant à son tour, comme le duc de Buckingham a eu tort de m’envoyer ici!
— Tort? dit vivement Raoul. Vous avez raison: ma compagnie est maussade, et vous vous ennuyez avec moi. M. de Buckingham a eu tort de vous envoyer ici.
— C’est justement, répliqua la jeune femme avec sa voix sérieuse et vibrante, c’est justement parce que je ne m’ennuie pas avec vous que M. de Buckingham a eu tort de m’envoyer près de vous.
Raoul rougit à son tour.