— Je sais le moyen de les avoir, dit étourdiment la duchesse.

Ces mots firent dresser l’oreille au chevalier. À partir de cette faute de l’adversaire, son esprit fut tellement en garde, que lui profita toujours, et qu’elle, par conséquent, perdit l’avantage.

— J’admets que vous ayez cet argent, reprit-il, vous perdrez le double, ayant cent mille francs de pension à toucher au lieu de soixante mille, et cela pendant dix ans.

— Non, car je ne souffrirai cette diminution de revenu que pendant la durée du ministère de M. Fouquet; or, cette durée, je l’évalue à deux mois.

— Ah! fit Aramis.

— Je suis franche, comme vous voyez.

— Je vous remercie, duchesse, mais vous auriez tort de supposer qu’après la disgrâce de M. Fouquet, l’ordre recommencerait à vous payer votre pension.

— Je sais le moyen de faire financer l’ordre, comme je sais le moyen de faire contribuer la reine mère.

— Alors, duchesse, nous sommes tous forcés de baisser pavillon devant vous; à vous la victoire! à vous le triomphe! Soyez clémente, je vous en prie. Sonnez, clairons!

— Comment est-il possible, reprit la duchesse, sans prendre garde à l’ironie, que vous reculiez devant cinq cent mille malheureuses livres, quand il s’agit de vous épargner, je veux dire à votre ami, pardon, à votre protecteur, un désagrément comme celui que cause une guerre de parti?