— Mais, de grands malheurs: n’ai-je pas perdu le roi?

— Je ne parle pas de ces sortes de malheurs. Je veux vous demander si, depuis... la naissance du roi... une indiscrétion d’amie a causé quelque douleur à Votre Majesté.

— Je ne vous comprends pas, répondit la reine en serrant les dents pour cacher son émotion.

— Je vais me faire comprendre. Votre Majesté se souvient que le roi est né le 3 septembre 1638, à onze heures un quart?

— Oui, bégaya la reine.

— À midi et demi, continua la béguine, le dauphin, ondoyé déjà par Mgr de Meaux sous les yeux du roi, sous vos yeux était reconnu héritier de la couronne de France. Le roi se rendit à la chapelle du vieux château de Saint-Germain pour entendre le Te Deum.

— Tout cela est exact, murmura la reine.

— L’accouchement de Votre Majesté s’était fait en présence de feu Monsieur, des princes, des dames de la Cour. Le médecin du roi, Bouvard, et le chirurgien Honoré se tenaient dans l’antichambre. Votre Majesté s’endormit vers trois heures jusqu’à sept heures environ, n’est-ce pas?

— Sans doute; mais vous me récitez là ce que tout le monde sait comme vous et moi.

— J’arrive, madame, à ce que peu de personnes savent. Peu de personnes, disais-je? hélas! je pourrais dire deux personnes, car il y en avait cinq seulement autrefois, et, depuis quelques années, le secret s’est assuré par la mort des principaux participants. Le roi notre seigneur dort avec ses pères; la sage-femme Péronne l’a suivi de près, Laporte est oublié déjà.