— Mon Dieu! mon Dieu! murmura faiblement la reine.

— On sait, continua vivement la béguine, que le roi, se voyant deux fils, tous deux égaux en âge, en prétentions, trembla pour le salut de la France, pour la tranquillité de son État. On sait que M. le cardinal de Richelieu, mandé à cet effet par Louis XIII, réfléchit plus d’une heure dans le cabinet de Sa Majesté, et prononça cette sentence: «Il y a un roi né pour succéder à Sa Majesté. Dieu en a fait naître un autre pour succéder à ce premier roi; mais, à présent, nous n’avons besoin que du premier-né; cachons le second à la France comme Dieu l’avait caché à ses parents eux-mêmes.» Un prince, c’est pour l’État la paix et la sécurité; deux compétiteurs, c’est la guerre civile et l’anarchie.

La reine se leva brusquement, pâle et les poings crispés.

— Vous en savez trop, dit-elle d’une voix sourde, puisque vous touchez aux secrets de l’État. Quant aux amis de qui vous tenez ce secret, ce sont des lâches, de faux amis. Vous êtes leur complice dans le crime qui s’accomplit aujourd’hui. Maintenant, à bas le masque, ou je vous fais arrêter par mon capitaine des gardes. Oh! ce secret ne me fait pas peur! Vous l’avez eu, vous me le rendrez! Il se glacera dans votre sein; ni ce secret ni votre vie ne vous appartiennent plus à partir de ce moment!

Anne d’Autriche, joignant le geste à la menace, fit deux pas vers la béguine.

— Apprenez, dit celle-ci, à connaître la fidélité, l’honneur, la discrétion de vos amis abandonnés.

Elle enleva soudain son masque.

— Mme de Chevreuse! s’écria la reine.

— La seule confidente du secret, avec Votre Majesté.

— Ah! murmura Anne d’Autriche, venez m’embrasser, duchesse. Hélas! c’est tuer ses amis, que se jouer ainsi avec leurs chagrins mortels.