— C’est trop long et pas assez divertissant, répliqua tranquillement La Fontaine; mes huit cents livres sont dans ce petit sac; je les offre.
Et il mit, en effet, son offrande dans les mains du trésorier des épicuriens.
Puis ce fut au tour de Loret, qui donna cent cinquante livres; les autres s’épuisèrent de même. Il y eut, compte fait, quarante mille livres dans l’escarcelle.
Jamais plus généreux deniers ne résonnèrent dans les balances divines où la charité pèse les bons cœurs et les bonnes intentions contre les pièces fausses des dévots hypocrites.
On faisait encore tinter les écus quand le surintendant entra ou plutôt se glissa dans la salle. Il avait tout entendu.
On vit cet homme, qui avait remué tant de milliards, ce riche qui avait épuisé tous les plaisirs et tous les honneurs, ce cœur immense, ce cerveau fécond qui avaient, comme deux creusets avides, dévoré la substance matérielle et morale du premier royaume du monde, on vit Fouquet dépasser le seuil avec les yeux pleins de larmes, tremper ses doigts blancs et fins dans l’or et l’argent.
— Pauvre aumône, dit-il d’une voix tendre et émue, tu disparaîtras dans le plus petit des plis de ma bourse vide; mais tu as empli jusqu’au bord ce que nul n’épuisera jamais: mon cœur! Merci, mes amis, merci!
Et, comme il ne pouvait embrasser tous ceux qui se trouvaient là et qui pleuraient bien aussi un peu, tout philosophes qu’ils étaient, il embrassa La Fontaine en lui disant:
— Pauvre garçon qui s’est fait battre pour moi par sa femme, et damner par son confesseur!
— Bon! ce n’est rien, répondit le poète; que vos créanciers attendent deux ans, j’aurai fait cent autres contes qui, à deux éditions chacun, paieront la dette.