— Un million et demi! grommela Pélisson; pardieu! je sais une fable indienne...
— Contez-la-moi, dit La Fontaine; je dois la savoir aussi.
— La tortue avait une carapace, dit Pélisson; elle se réfugiait là-dedans quand ses ennemis la menaçaient. Un jour, quelqu’un lui dit: «Vous avez bien chaud l’été dans cette maison-là, et vous êtes bien empêchée de montrer vos grâces. Voilà la couleuvre qui vous donnera un million et demi de votre écaille.»
— Bon! fit le surintendant en riant.
— Après? fit La Fontaine, intéressé par l’apologue bien plus que par la moralité.
— La tortue vendit sa carapace et resta nue. Un vautour la vit; il avait faim; il lui brisa les reins d’un coup de bec et la dévora.
— Ô muthos déloï?... dit Conrart.
— Que M. Fouquet fera bien de garder sa robe.
La Fontaine prit la moralité au sérieux.
— Vous oubliez Eschyle, dit-il à son adversaire.