— On ne saurait trop faire, dit-il, pour la femme que l’on a aimée. Marguerite désire être procureuse, pourquoi ne lui pas faire ce plaisir? Maintenant que la conscience la plus scrupuleuse ne saurait rien me reprocher, pensons à la femme qui m’aime. Mme de Bellière doit être là.
Il indiqua du doigt la porte secrète.
S’étant enfermé, il ouvrit le couloir souterrain et se dirigea rapidement vers la communication établie entre la maison de Vincennes et sa maison à lui.
Il avait négligé d’avertir son amie avec la sonnette, bien assuré qu’elle ne manquait jamais au rendez-vous.
En effet, la marquise était arrivée. Elle attendait. Le bruit que fit le surintendant l’avertit; elle accourut pour recevoir par-dessous la porte le billet qu’il lui passa.
«Venez, marquise, on vous attend pour souper.»
Heureuse et active, Mme de Bellière gagna son carrosse dans l’avenue de Vincennes, et elle vint tendre sa main sur le perron à Gourville, qui, pour mieux plaire au maître, guettait son arrivée dans la cour.
Elle n’avait pas vu entrer, fumants et blancs d’écume, les chevaux noirs de Fouquet, qui ramenaient à Saint-Mandé Pélisson et l’orfèvre lui-même à qui Mme de Bellière avait vendu sa vaisselle et ses joyaux.
— Oh! oh! s’écrièrent tous les convives; on peut dire cela sans crainte d’une femme qui a les plus beaux diamants de Paris.
— Eh bien? dit tout bas Fouquet à Pélisson.