— Dieu soit loué! s’écria Aramis en battant des mains, rien n’est achevé, puisque vous n’avez pas été payé.

— Mais l’orfèvre?

— Vous recevrez de moi les quatorze cent mille livres à midi moins un quart.

— Un moment, un moment! c’est ce matin, à six heures, que je signe.

— Oh! je vous réponds que vous ne signerez pas.

— J’ai donné ma parole, chevalier.

— Si vous l’avez donnée, vous la reprendrez, voilà tout.

— Oh! que me dites-vous là? s’écria Fouquet avec un accent profondément loyal. Reprendre une parole quand on est Fouquet!

Aramis répondit au regard sévère du ministre par un regard courroucé.

— Monsieur, dit-il, je crois avoir mérité d’être appelé un honnête homme, n’est-ce pas? Sous la casaque du soldat, j’ai risqué cinq cents fois ma vie; sous l’habit du prêtre, j’ai rendu de plus grands services encore, à Dieu, à l’État ou à mes amis. Une parole vaut ce que vaut l’homme qui la donne. Elle est, quand il la tient, de l’or pur; elle est un fer tranchant quand il ne veut pas la tenir. Il se défend alors avec cette parole comme avec une arme d’honneur, attendu que, lorsqu’il ne tient pas cette parole, cet homme d’honneur, c’est qu’il est en danger de mort, c’est qu’il court plus de risques que son adversaire n’a de bénéfices à faire. Alors, monsieur, on en appelle à Dieu et à son droit.