— Je crois que oui, repartit de Guiche en souriant.
Et il quitta Raoul.
Celui-ci demeura immobile, absorbé, écrasé, comme le mineur sur qui une voûte vient de s’écrouler; il est blessé, son sang coule, sa pensée s’interrompt, il essaie de se remettre et de sauver sa vie avec sa raison. Quelques minutes suffirent à Raoul pour dissiper les éblouissements de ces deux révélations. Il avait déjà ressaisi le fil de ses idées quand, soudain, à travers la porte, il crut reconnaître la voix de Montalais dans le cabinet des Porcelaines.
— Elle! s’écria-t-il. Oui, c’est bien sa voix. Oh! voilà une femme qui pourrait me dire la vérité; mais, la questionnerai-je ici? Elle se cache même de moi; elle vient sans doute de la part de Madame... Je la verrai chez elle. Elle m’expliquera son effroi, sa fuite, la maladresse avec laquelle on m’a évincé; elle me dira tout cela... quand M. d’Artagnan, qui sait tout, m’aura raffermi le cœur. Madame... une coquette... Eh bien! oui, une coquette, mais qui aime à ses bons moments, une coquette qui, comme la mort ou la vie, a son caprice, mais qui fait dire à de Guiche qu’il est le plus heureux des hommes. Celui-là, du moins, est sur des roses. Allons!
Il s’enfuit hors de chez le comte, et, tout en se reprochant de n’avoir parlé que de lui-même à de Guiche, il arriva chez d’Artagnan.
Chapitre CXC — Bragelonne continue ses interrogations
Le capitaine était de service; il faisait sa huitaine, enseveli dans le fauteuil de cuir, l’éperon fiché dans le parquet, l’épée entre les jambes, et lisait force lettres en tortillant sa moustache.
D’Artagnan poussa un grognement de joie en apercevant le fils de son ami.
— Raoul, mon garçon, dit-il, par quel hasard est-ce que le roi t’a rappelé?
Ces mots sonnèrent mal à l’oreille du jeune homme, qui, s’asseyant, répliqua: