Raoul serra ses poings, enleva le pas et fit la mine d’un homme de cœur, c’est vrai, mais d’un homme de cœur qui va au supplice.
Montalais, l’œil éveillé, la démarche leste, la tête à tout vent, le précédait.
Raoul fut introduit immédiatement dans le cabinet de Madame.
«Allons, pensa-t-il, cette journée se passera sans que je sache rien. De Guiche a eu trop pitié de moi; il s’est entendu avec Madame, et tous deux, par un complot amical, éloignent la solution du problème. Que n’ai-je là un bon ennemi!... ce serpent de de Wardes, par exemple; il mordrait, c’est vrai; mais je n’hésiterais plus... Hésiter... douter... mieux vaut mourir!»
Raoul était devant Madame.
Henriette, plus charmante que jamais, se tenait à demi renversée dans un fauteuil, ses pieds mignons sur un coussin de velours brodé; elle jouait avec un petit chat aux soies touffues, qui lui mordillait les doigts et se pendait aux guipures de son col.
Madame songeait; elle songeait profondément; il lui fallut la voix de Montalais, celle de Raoul, pour la faire sortir de cette rêverie.
— Votre Altesse m’a mandé? répéta Raoul.
Madame secoua la tête comme si elle se réveillait.
— Bonjour, monsieur de Bragelonne, dit-elle; oui, je vous ai mandé. Vous voilà donc revenu d’Angleterre?