— Au service de Votre Altesse Royale.
— Merci! Laissez-nous, Montalais.
Montalais sortit.
— Vous avez bien quelques minutes à me donner, n’est-ce pas, monsieur de Bragelonne?
— Toute ma vie appartient à Votre Altesse Royale, repartit avec respect Raoul, qui devinait quelque chose de sombre sous toutes ces politesses de Madame, et à qui ce sombre ne déplaisait pas, persuadé qu’il était d’une certaine affinité des sentiments de Madame avec les siens.
En effet, ce caractère étrange de la princesse, tous les gens intelligents de la Cour en connaissaient la volonté capricieuse et le fantasque despotisme.
Madame avait été flattée outre mesure des hommages du roi; Madame avait fait parler d’elle et inspiré à la reine cette jalousie mortelle qui est le ver rongeur de toutes les félicités féminines; Madame, en un mot, pour guérir un orgueil blessé, s’était fait un cœur amoureux.
Nous savons, nous, ce que Madame avait fait pour rappeler Raoul, éloigné par Louis XIV. Sa lettre à Charles II, Raoul ne la connaissait pas; mais d’Artagnan l’avait bien devinée.
Cet inexplicable mélange de l’amour et de la vanité, ces tendresses inouïes, ces perfidies énormes, qui les expliquera? Personne, pas même l’ange mauvais qui allume la coquetterie au cœur des femmes.
— Monsieur de Bragelonne, dit la princesse après un silence, êtes-vous revenu content?