— Vous savez peut-être que M. de Saint-Aignan demeurait autrefois presque porte à porte avec le roi?

— Oui, madame, je le sais; c’était ainsi avant mon départ et, plus d’une fois, j’ai eu l’honneur de le visiter à son ancien logement.

— Eh bien! il a obtenu du roi de changer ce commode et bel appartement que vous lui connaissiez contre les deux petites chambres auxquelles mène cet escalier, et qui forment un logement deux fois plus petit et dix fois plus éloigné de celui du roi, dont le voisinage, cependant, n’est point dédaigné, en général, par messieurs de la Cour.

— Fort bien, madame, reprit Raoul; mais continuez, je vous prie, car je ne comprends point encore.

— Eh bien! il s’est trouvé, par hasard, continua la princesse, que ce logement de M. de Saint-Aignan est situé au-dessous de ceux de mes filles, et particulièrement au-dessous de celui de La Vallière.

— Mais dans quel but cette trappe et cet escalier?

— Dame! je l’ignore. Voulez-vous que nous descendions chez M. de Saint Aignan? Peut-être y trouverons-nous l’explication de l’énigme.

Et Madame donna l’exemple en descendant elle-même.

Raoul la suivit en soupirant.

Chaque marche qui craquait sous les pieds de Bragelonne le faisait pénétrer d’un pas dans cet appartement mystérieux, qui renfermait encore les soupirs de La Vallière, et les plus suaves parfums de son corps.