Ce madrigal, tout gracieux qu’il était, ne paraissait pas parfait à de Saint-Aignan, du moment où il le passait de la tradition orale à la poésie manuscrite. Plusieurs l’avaient trouvé charmant, l’auteur tout le premier; mais à la seconde vue, ce n’était plus le même engouement. Aussi de Saint-Aignan, devant sa table, une jambe croisée sur l’autre et se grattant la tempe, répétait-il:

Iris, vos yeux malins ne disent pas toujours...

— Oh! quand à celui-là, murmura de Saint-Aignan, celui-là est irréprochable. J’ajouterais même qu’il a un petit air Ronsard ou Malherbe dont je suis content. Malheureusement, il n’en est pas de même du second. On a bien raison de dire que le vers le plus facile à faire est le premier.

Et il continua:

Ce que votre pensée à votre cœur confie...

— Ah! voilà la pensée qui confie au cœur! Pourquoi le cœur ne confierait-il pas aussi bien à la pensée? Ma foi, quant à moi, je n’y vois pas d’obstacle. Où diable ai-je été associer ces deux hémistiches? Par exemple, le troisième est bon:

Iris, pourquoi faut-il que je passe ma vie...

quoique la rime ne soit pas riche... vie et confie... Ma foi! l’abbé Boyer, qui est un grand poète, a fait rimer, comme moi, vie et confie dans la tragédie d’Oropaste, ou le Faux Tonaxare, sans compter que M. Corneille ne s’en gêne pas dans sa tragédie de Sophonisbe. Va donc pour vie et confie. Oui, mais le vers est impertinent. Je me rappelle que le roi s’est mordu l’ongle, à ce moment. En effet, il a l’air de dire à Mlle de La Vallière: «D’où vient que je suis ensorcelé de vous?» Il eût mieux valu dire, je crois:

Que bénis soient les dieux qui condamnent ma vie.

Condamnent! Ah bien! oui! voilà encore une politesse! Le roi condamné à La Vallière... Non!