— Parlez, monseigneur. Je vous ai déjà dit que j’expose ma vie en vous parlant. Si peu que soit ma vie, je vous supplie de la recevoir comme rançon de la vôtre.
— Eh bien! reprit le jeune homme, voici pourquoi je soupçonnais que l’on avait tué ma nourrice et mon gouverneur.
— Que vous appeliez votre père.
— Oui, que j’appelais mon père, mais dont je savais bien que je n’étais pas le fils.
— Qui vous avait fait supposer?...
— De même que vous êtes, vous, trop respectueux pour un ami, lui était trop respectueux pour un père.
— Moi, dit Aramis, je n’ai pas le dessein de me déguiser.
Le jeune homme fit un signe de tête et continua:
— Sans doute, je n’étais pas destiné à demeurer éternellement enfermé, dit le prisonnier, et ce qui me le fait croire, maintenant surtout, c’est le soin qu’on prenait de faire de moi un cavalier aussi accompli que possible. Le gentilhomme qui était près de moi m’avait appris tout ce qu’il savait lui-même: les mathématiques, un peu de géométrie, d’astronomie, l’escrime, le manège. Tous les matins, je faisais des armes dans une salle basse, et montais à cheval dans le jardin. Eh bien! un matin, c’était pendant l’été, car il faisait une grande chaleur, je m’étais endormi dans cette salle basse. Rien, jusque-là, ne m’avait, excepté le respect de mon gouverneur, instruit ou donné des soupçons. Je vivais comme les oiseaux, comme les plantes, d’air et de soleil; je venais d’avoir quinze ans.
— Alors, il y a huit ans de cela?