— Écrivez vite à la reine, racontez-lui la chose comme elle s’est passée, et la reine vous écrira une seconde lettre en place de celle-ci.

— Oh! la reine ne voudra pas croire à cet accident, dit le bonhomme en branlant la tête; elle pensera que j’ai voulu garder cette lettre, au lieu de la lui rendre comme les autres, afin de m’en faire une arme. Elle est si défiante, et M. de Mazarin si... Ce démon d’Italien est capable de nous faire empoisonner au premier soupçon!

Aramis sourit avec un imperceptible mouvement de tête.

— Vous savez, dame Perronnette, tous les deux sont si ombrageux à l’endroit de Philippe!

Philippe, c’est le nom qu’on me donnait, interrompit le prisonnier.

— Eh bien! alors, il n’y a pas à hésiter, dit dame Perronnette, il faut faire descendre quelqu’un dans le puits.

— Oui, pour que celui qui rapportera le papier y lise en remontant.

— Prenons, dans le village, quelqu’un qui ne sache pas lire; ainsi vous serez tranquille.

— Soit; mais celui qui descendra dans le puits ne devinera-t-il pas l’importance d’un papier pour lequel on risque la vie d’un homme? Cependant vous venez de me donner une idée, dame Perronnette; oui, quelqu’un descendra dans le puits, et ce quelqu’un sera moi.

Mais, sur cette proposition, dame Perronnette se mit à s’éplorer et à s’écrier de telle façon, elle supplia si fort en pleurant le vieux gentilhomme, qu’il lui promit de se mettre en quête d’une échelle assez grande pour qu’on pût descendre dans le puits, tandis qu’elle irait jusqu’à la ferme chercher un garçon résolu, à qui l’on ferait accroire qu’il était tombé un bijou dans le puits, que ce bijou était enveloppé dans du papier, et, comme le papier, remarqua mon gouverneur, se développe à l’eau, il ne sera pas surprenant qu’on ne retrouve que la lettre tout ouverte.