— Vous comprenez, continua Porthos, ce que cela m’épargnait de peine?

— Non, mon cher ami, je ne comprends pas encore; mais, à force de m’expliquer...

— M’y voici, mon ami. D’abord, comme vous l’avez dit, c’est une perte de temps que de donner sa mesure, ne fût-ce qu’une fois tous les quinze jours. Et puis on peut être en voyage, et, quand on veut avoir toujours sept habits en train... Enfin, mon ami, j’ai horreur de donner ma mesure à quelqu’un. On est gentilhomme ou on ne l’est pas, que diable! Se faire toiser par un drôle qui vous analyse au pied, pouce et ligne, c’est humiliant. Ces gens-là vous trouvent trop creux ici, trop saillant là; ils connaissent votre fort et votre faible. Tenez, quand on sort des mains d’un mesureur, on ressemble à ces places fortes dont un espion est venu relever les angles et les épaisseurs.

— En vérité, mon cher Porthos, vous avez des idées qui n’appartiennent qu’à vous.

— Ah! vous comprenez, quand on est ingénieur.

— Et qu’on a fortifié Belle-Île, c’est juste, mon ami.

— J’eus donc une idée, et, sans doute, elle eût été bonne sans la négligence de M. Mouston.

D’Artagnan jeta un regard sur Mouston, qui répondit à ce regard par un léger mouvement de corps qui voulait dire: «Vous allez voir s’il y a de ma faute dans tout cela.»

— Je m’applaudis donc, reprit Porthos, de voir engraisser Mouston, et j’aidai même, de tout mon pouvoir, à lui faire de l’embonpoint, à l’aide d’une nourriture substantielle, espérant toujours qu’il parviendrait à m’égaler en circonférence, et qu’alors il pourrait se faire mesurer à ma place.

— Ah! corbœuf! s’écria d’Artagnan, je comprends... Cela vous épargnait le temps et l’humiliation.