— Parbleu! jugez donc de ma joie quand, après un an et demi de nourriture bien combinée, car je prenais la peine de le nourrir moi-même, ce drôle-là...
— Oh! et j’y ai bien aidé, monsieur, dit modestement Mouston.
— Ça, c’est vrai. Jugez donc de ma joie, lorsque je m’aperçus qu’un matin Mouston était forcé de s’effacer comme je m’effaçais moi-même, pour passer par la petite porte secrète que ces diables d’architectes ont faite dans la chambre de feu Mme du Vallon, au château de Pierrefonds. Et, à propos de cette porte, mon ami, je vous demanderai, à vous qui savez tout, comment ces bélîtres d’architectes, qui doivent avoir, par état, le compas dans l’œil, imaginent de faire des portes par lesquelles ne peuvent passer que des gens maigres.
— Ces portes-là, répondit d’Artagnan, sont destinées aux galants; or, un galant est généralement de taille mince et svelte.
— Mme du Vallon n’avait pas de galants, interrompit Porthos avec majesté.
— Parfaitement juste, mon ami, répondit d’Artagnan: mais les architectes ont songé au cas où, peut-être, vous vous remarieriez.
— Ah! c’est possible, dit Porthos. Et, maintenant que l’explication des portes trop étroites m’est donnée, revenons à l’engraissement de Mouston. Mais remarquez que les deux choses se touchent, mon ami. Je me suis toujours aperçu que les idées s’appareillaient. Ainsi, admirez ce phénomène, d’Artagnan; je vous parlais de Mouston, qui était gras, et nous en sommes venus à Mme du Vallon...
— Qui était maigre.
— Hum! n’est-ce pas prodigieux, cela?
— Mon cher, un savant de mes amis, M. Costar, a fait la même observation que vous, et il appelle cela d’un nom grec que je ne me rappelle pas.