— Bonjour, d’Artagnan! bonjour, Porthos! bonjour, chers amis! dit Aramis. Allons, allons, cher monsieur Percerin, faites l’habit de Monsieur, et je vous réponds qu’en le faisant vous ferez une chose agréable à M. Fouquet.

Et il accompagna ces paroles d’un signe qui voulait dire: «Consentez et congédiez.» Il paraît qu’Aramis avait sur maître Percerin une influence supérieure à celle de d’Artagnan lui-même, car le tailleur s’inclina en signe d’assentiment, et, se retournant vers Porthos:

— Allez vous faire prendre mesure de l’autre côté, dit-il rudement.

Porthos rougit d’une façon formidable.

D’Artagnan vit venir l’orage, et, interpellant Molière:

— Mon cher monsieur, lui dit-il à demi-voix, l’homme que vous voyez se croit déshonoré quand on toise la chair et les os que Dieu lui a départis; étudiez-moi ce type, maître Aristophane, et profitez.

Molière n’avait pas besoin d’être encouragé; il couvait des yeux le baron Porthos.

— Monsieur, lui dit-il, s’il vous plaît de venir avec moi, je vous ferai prendre mesure d’un habit, sans que le mesureur vous touche.

— Oh! fit Porthos, comment dites-vous cela, mon ami?

— Je dis qu’on n’appliquera ni l’aune ni le pied sur vos coutures. C’est un procédé nouveau, que nous avons imaginé, pour prendre la mesure des gens de qualité dont la susceptibilité répugne à se laisser toucher par des manants. Nous avons des gens susceptibles qui ne peuvent souffrir d’être mesurés, cérémonie qui, à mon avis, blesse la majesté naturelle de l’homme, et si, par hasard, monsieur, vous étiez de ces gens-là...