Aramis regardait d’Artagnan, qui avait l’air de regarder des gravures de Marc-Antoine.
— Et vous voulez lui faire faire un habit pareil à ceux des épicuriens? répondit Percerin.
Et, tout en disant cela d’une façon distraite, le digne tailleur cherchait à rattraper sa pièce de brocart.
— Un habit d’épicurien? demanda d’Artagnan d’un ton questionneur.
— Enfin, dit Aramis avec son plus charmant sourire, il est écrit que ce cher d’Artagnan saura tous nos secrets ce soir; oui, mon ami, oui. Vous avez bien entendu parler des épicuriens de M. Fouquet, n’est-ce pas?
— Sans doute. N’est-ce pas une espèce de société de poètes dont sont La Fontaine, Loret Pélisson, Molière, que sais-je? et qui tient son académie à Saint-Mandé?
— C’est cela justement. Eh bien, nous donnons un uniforme à nos poètes, et nous les enrégimentons au service du roi.
— Oh! très bien, je devine: une surprise que M. Fouquet fait au roi. Oh! soyez tranquille, si c’est là le secret de M. Le Brun, je ne le dirai pas.
— Toujours charmant, mon ami. Non, M. Le Brun n’a rien à faire de ce côté; le secret qui le concerne est bien plus important que l’autre encore!
— Alors, s’il est si important que cela, j’aime mieux ne pas le savoir, dit d’Artagnan en dessinant une fausse sortie.