Puis, interrogeant la figure de Percerin après avoir remarqué l’indécision de d’Artagnan:

— Eh bien, monsieur Percerin, demanda-t-il, qu’en dites-vous? Voyons.

— Je dis que...

— Que vous êtes libre de refuser, sans doute, je le sais bien, et je ne compte nullement vous forcer, mon cher monsieur; je dirai plus, je comprends même toute la délicatesse que vous mettez à n’aller pas au-devant de l’idée de M. Fouquet: vous redoutez de paraître aduler le roi. Noblesse de cœur, monsieur Percerin! noblesse de cœur!

Le tailleur balbutia.

— Ce serait, en effet, une bien belle flatterie à faire au jeune prince, continua Aramis. «Mais, m’a dit M. le surintendant, si Percerin refuse, dites-lui que cela ne lui fait aucun tort dans mon esprit, et que je l’estime toujours. Seulement...»

— Seulement?... répéta Percerin avec inquiétude.

— «Seulement, continua Aramis, je serai forcé de dire au roi (mon cher monsieur Percerin, vous comprenez, c’est M. Fouquet qui parle;) seulement, je serai forcé de dire au roi: «Sire, j’avais l’intention d’offrir à Votre Majesté son image; mais, dans un sentiment de délicatesse, exagérée peut-être, quoique respectable, M. Percerin s’y est opposé.»

— Opposé! s’écria le tailleur épouvanté de la responsabilité qui allait peser sur lui; moi, m’opposer à ce que désire, à ce que veut M. Fouquet quand il s’agit de faire plaisir au roi? oh! le vilain mot que vous avez dit là, monsieur l’évêque! M’opposer! Oh! ce n’est pas moi qui l’ai prononcé Dieu merci! J’en prends à témoin M. le capitaine des mousquetaires. N’est ce pas, monsieur d’Artagnan, que je ne m’oppose à rien?

D’Artagnan fit un signe d’abnégation indiquant qu’il désirait demeurer neutre; il sentait qu’il y avait là-dessous une intrigue, comédie ou tragédie; il se donnait au diable de ne pas la deviner, mais en attendant, il désirait s’abstenir.