Mais déjà Percerin, poursuivi de l’idée qu’on pouvait dire au roi qu’il s’était opposé à ce qu’on lui fît une surprise, avait approché un siège à Le Brun et s’occupait de tirer d’une armoire quatre habits resplendissants, le cinquième étant encore aux mains des ouvriers, et plaçait successivement lesdits chefs-d’œuvre sur autant de mannequins de Bergame, qui, venus en France du temps de Concini avaient été donnés à Percerin II par le maréchal d’Ancre, après la déconfiture des tailleurs italiens ruinés dans leur concurrence.
Le peintre se mit à dessiner, puis à peindre les habits.
Mais Aramis, qui suivait des yeux toutes les phases de son travail et qui le veillait de près l’arrêta tout à coup.
— Je crois que vous n’êtes pas dans le ton, mon cher monsieur Le Brun, lui dit-il; vos couleurs vous tromperont, et sur la toile se perdra cette parfaite ressemblance qui nous est absolument nécessaire; il faudrait plus de temps pour observer attentivement les nuances.
— C’est vrai, dit Percerin; mais le temps nous fait faute, et à cela, vous en conviendrez, monsieur l’évêque, je ne puis rien.
— Alors la chose manquera, dit Aramis tranquillement, et cela faute de vérité dans les couleurs.
Cependant Le Brun copiait étoffes et ornements avec la plus grande fidélité, ce que regardait Aramis avec une impatience mal dissimulée.
— Voyons, voyons, quel diable d’imbroglio joue-t-on ici? continua de se demander le mousquetaire.
— Décidément, cela n’ira point, dit Aramis; monsieur Le Brun, fermez vos boites et roulez vos toiles.
— Mais c’est qu’aussi, monsieur, s’écria le peintre dépité, le jour est détestable ici.