— Que vous a donc fait ce tailleur, mon cher Porthos, demanda-t-il, pour que vous soyez si content de lui?
— Ce qu’il m’a fait, mon ami! Ce qu’il m’a fait! s’écria Porthos avec enthousiasme.
— Oui, je vous demande ce qu’il vous a fait.
— Mon ami, il a su faire ce qu’aucun tailleur n’avait jamais fait: il m’a pris mesure sans me toucher.
— Ah bah! Contez-moi cela, mon ami.
— D’abord, mon ami, on a été chercher je ne sais où une suite de mannequins de toutes les tailles espérant qu’il s’en trouverait un de la mienne, mais le plus grand, qui était celui du tambour-major des Suisses, était de deux pouces trop court et d’un demi-pied trop maigre.
— Ah! vraiment?
— C’est comme j’ai l’honneur de vous le dire mon cher d’Artagnan. Mais c’est un grand homme ou tout au moins un grand tailleur que ce M. Molière; il n’a pas été le moins du monde embarrassé pour cela.
— Et qu’a-t-il fait?
— Oh! une chose bien simple. C’est inouï, par ma foi! Comment! on est assez grossier pour n’avoir pas trouvé tout de suite ce moyen? Que de peines et d’humiliations on m’eût épargnées!