Loret, dans toute la naïveté de son état de gazetier, les gazetiers de tout temps ont été naïfs, Loret composait le récit des fêtes de Vaux avant que ces fêtes eussent eu lieu.
La Fontaine vaguait au milieu des uns et des autres, ombre égarée, distraite, gênante, insupportable, qui bourdonnait et susurrait à l’épaule de chacun mille inepties poétiques. Il gêna tant de fois Pélisson, que celui-ci, relevant la tête avec humeur,
— Au moins, La Fontaine, dit-il, cueillez-moi une rime, puisque vous dites que vous vous promenez dans les jardins du Parnasse.
— Quelle rime voulez-vous? demanda le fablier, comme l’appelait madame de Sévigné.
— Je veux une rime à lumière.
— Ornière, répondit La Fontaine.
— Eh! mon cher ami, impossible de parler d’ornières quand on vante les délices de Vaux dit Loret.
— D’ailleurs, cela ne rime pas, répondit Pélisson.
— Comment! cela ne rime pas? s’écria La Fontaine surpris.
— Oui, vous avez une détestable habitude mon cher; habitude qui vous empêchera toujours d’être un poète de premier ordre. Vous rimez lâchement!