Colbert se mit à rire tout bas. Le roi se retourna au sifflement de ce rire.

— Sire, dit La Vallière, ce n’est pas M. Fouquet que je défends, c’est vous même.

— Moi-même!... Vous me défendez?

— Sire, vous vous déshonorez en donnant un pareil ordre.

— Me déshonorer? murmura le roi blêmissant de colère. En vérité, mademoiselle, vous mettez à ce que vous dites une étrange passion.

— Je mets de la passion, non pas à ce que je dis, Sire, mais à servir Votre Majesté, répondit la noble jeune fille. J’y mettrais, s’il le fallait, ma vie, et cela avec la même passion, Sire.

Colbert voulut grommeler. Alors La Vallière, ce doux agneau, se redressa contre lui et, d’un œil enflammé, lui imposa silence.

— Monsieur, dit-elle, quand le roi agit bien, si le roi fait tort à moi ou aux miens, je me tais; mais, le roi me servît-il, moi ou ceux que j’aime, si le roi agit mal, je le lui dis.

— Mais, il me semble, mademoiselle, hasarda Colbert, que, moi aussi, j’aime le roi.

— Oui, monsieur, nous l’aimons tous deux, chacun à sa manière, répliqua La Vallière avec un tel accent, que le cœur du jeune roi en fut pénétré. Seulement je l’aime, moi, si fortement, que tout le monde le sait, si purement, que le roi lui-même ne doute pas de mon amour. Il est mon roi et mon maître, je suis son humble servante, mais quiconque touche à son honneur touche à ma vie. Or, je répète que ceux-là déshonorent le roi qui lui conseillent de faire arrêter M. Fouquet chez lui.