Colbert baissa la tête, car il se sentait abandonné par le roi. Cependant, tout en baissant la tête, il murmura:
— Mademoiselle, je n’aurais qu’un mot à dire.
— Ne le dites pas, ce mot, monsieur, car ce mot, je ne l’écouterais point. Que me diriez-vous d’ailleurs? Que M. Fouquet a commis des crimes? Je le sais, parce que le roi l’a dit, et du moment que le roi a dit: «Je crois», je n’ai pas besoin qu’une autre bouche dise: «J’affirme.» Mais M. Fouquet, fût-il le dernier des hommes, je le dis hautement, M. Fouquet est sacré au roi, parce que le roi est son hôte. Sa maison fût-elle un repaire, Vaux fût-il une caverne de faux-monnayeurs ou de bandits, sa maison est sainte, son château est inviolable, puisqu’il y loge sa femme, et c’est un lieu d’asile que des bourreaux ne violeraient pas!
La Vallière se tut. Malgré lui, le roi l’admirait; il fut vaincu par la chaleur de cette voix, par la noblesse de cette cause. Colbert, lui, ployait, écrasé par l’inégalité de cette lutte. Enfin, le roi respira, secoua la tête et tendit la main à La Vallière.
— Mademoiselle, dit-il avec douceur, pourquoi parlez-vous contre moi? Savez-vous ce que fera ce misérable si je le laisse respirer?
— Eh! mon Dieu, n’est-ce pas une proie qui vous appartiendra toujours?
— Et s’il échappe, s’il fuit? s’écria Colbert.
— Eh bien! monsieur, ce sera la gloire éternelle du roi d’avoir laissé fuir M. Fouquet, et plus il aura été coupable, plus la gloire du roi sera grande, comparée à cette misère, à cette honte.
Louis baisa la main de La Vallière, tout en se laissant glisser à ses genoux.
«Je suis perdu», pensa Colbert.