— Une de ces tentatives qui, ainsi que vous le disiez au début de cet entretien, changent le sort des empires.

— Et des surintendants; oui, monseigneur.

— En un mot, vous me proposez d’opérer une substitution du fils de Louis XIII qui est prisonnier aujourd’hui au fils de Louis XIII qui dort dans la chambre de Morphée en ce moment?

Aramis sourit avec l’éclat sinistre de sa sinistre pensée.

— Soit! dit-il.

— Mais, reprit Fouquet après un silence pénible, vous n’avez pas réfléchi que cette œuvre politique est de nature à bouleverser tout le royaume, et que, pour arracher cet arbre aux racines infinies qu’on appelle un roi, pour le remplacer par un autre, la terre ne sera jamais raffermie à ce point que le nouveau roi soit assuré contre le vent qui restera de l’ancien orage et contre les oscillations de sa propre masse.

Aramis continua de sourire.

— Songez donc, continua M. Fouquet en s’échauffant avec cette force de talent qui creuse un projet et le mûrit en quelques secondes, et avec cette largeur de vue qui en prévoit toutes les conséquences et en embrasse tous les résultats, songez donc qu’il nous faut assembler la noblesse, le clergé, le tiers état, déposer le prince régnant, troubler par un affreux scandale la tombe de Louis XIII, perdre la vie et l’honneur d’une femme, Anne d’Autriche, la vie et la paix d’une autre femme, Marie-Thérèse, et que, tout cela fini, Si nous le finissons...

— Je ne vous comprends pas, dit froidement Aramis. Il n’y a pas un mot utile dans tout ce que vous venez de dire là.

— Comment! fit le surintendant surpris; vous ne discutez pas la pratique, un homme comme vous? Vous vous bornez aux joies enfantines d’une illusion politique, et vous négligez les chances de l’exécution, c’est-à-dire la réalité; est-ce possible?