— Quatre heures! répéta Aramis en rugissant.
— C’est plus qu’il n’en faut pour vous embarquer et gagner Belle-Île, que je vous donne pour refuge.
— Ah! murmura Aramis.
— Belle-Île, c’est à moi pour vous, comme Vaux est à moi pour le roi. Allez, d’Herblay, allez! tant que je vivrai, il ne tombera pas un cheveu de votre tête.
— Merci! dit Aramis avec une sombre ironie.
— Partez donc, et me donnez la main pour que tous deux nous courions, vous, au salut de votre vie, moi, au salut de mon honneur.
Aramis retira de son sein la main qu’il y avait cachée. Elle était rouge de son sang; elle avait labouré sa poitrine avec ses ongles, comme pour punir la chair d’avoir enfanté tant de projets plus vains, plus fous, plus périssables que la vie de l’homme. Fouquet eut horreur, eut pitié: il ouvrit les bras à Aramis.
— Je n’avais pas d’armes, murmura celui-ci, farouche et terrible comme l’ombre de Didon.
Puis, sans toucher la main de Fouquet, il détourna sa vue et fit deux pas en arrière. Son dernier mot fut une imprécation; son dernier geste fut l’anathème que dessina cette main rougie, en tachant Fouquet au visage de quelques gouttelettes de son sang.
Et tous deux s’élancèrent hors de la chambre par l’escalier secret, qui aboutissait aux cours intérieures.