Chapitre CCXXIX — La reconnaissance du roi

Les deux hommes qui allaient se précipiter l’un vers l’autre s’arrêtèrent soudain en s’apercevant, et poussèrent alors un cri d’horreur.

— Venez-vous pour m’assassiner, monsieur? dit le roi en reconnaissant Fouquet.

— Le roi dans cet état! murmura le ministre.

Rien de plus effrayant, en effet, que l’aspect du jeune prince au moment où le surprit Fouquet. Ses habits étaient en lambeaux; sa chemise, ouverte et déchirée, buvait à la fois la sueur et le sang qui s’échappaient de sa poitrine et de ses bras déchirés.

Hagard, pâle, écumant, les cheveux hérissés, Louis XIV offrait l’image la plus vraie du désespoir, de la faim et de la peur réunis en une seule statue. Fouquet fut si touché, si troublé, qu’il courut au roi les bras ouverts et les larmes aux yeux.

Louis leva sur Fouquet le tronçon de bois dont il avait fait un si furieux usage.

— Eh bien! dit Fouquet d’une voix tremblante, ne reconnaissez-vous pas le plus fidèle de vos amis?

— Un ami, vous? répéta Louis avec un grincement de dents où sonnaient la haine et la soif d’une prompte vengeance.

— Un serviteur respectueux, ajouta Fouquet en se précipitant à genoux.