— Ainsi?... demanda Athos.
— Ainsi, je vous le répète, nous allons où vous voulez.
— Cher ami, dit Athos en embrassant d’Artagnan, je vous reconnais bien là.
— Dame! il me semble que c’est tout simple. Le cocher va vous mener à la barrière du Cours-la-Reine; vous y trouverez un cheval que j’ai ordonné de tenir tout prêt, avec ce cheval, vous ferez trois postes tout d’une traite, et, moi, j’aurai soin de ne rentrer chez le roi, pour lui dire que vous êtes parti, qu’au moment où il sera impossible de vous joindre. Pendant ce temps, vous aurez gagné Le Havre, et, du Havre, l’Angleterre, où vous trouverez la jolie maison que m’a donnée mon ami M. Monck, sans parler de l’hospitalité que le roi Charles ne manquera pas de vous offrir... Eh bien! que dites-vous de ce projet?
— Menez-moi à la Bastille, dit Athos en souriant.
— Mauvaise tête! dit d’Artagnan; réfléchissez donc.
— Quoi?
— Que vous n’avez plus vingt ans. Croyez-moi, mon ami, je vous parle d’après moi. Une prison est mortelle aux gens de notre âge. Non, non, je ne souffrirai pas que vous languissiez en prison. Rien que d’y penser, la tête m’en tourne!
— Ami, répondit Athos, Dieu m’a fait, par bonheur, aussi fort de corps que d’esprit Croyez-moi, je serai fort jusqu’à mon dernier soupir.
— Mais ce n’est pas de la force, mon cher, c’est de la folie.