Athos s’inclina en serrant la main d’Aramis, et alla embrasser Porthos avec effusion.

— J’étais né heureux, n’est-ce pas? murmura celui-ci, transporté, en s’enveloppant de son manteau.

— Venez, très cher, dit Aramis.

Raoul était allé devant pour donner des ordres et faire seller les deux chevaux.

Déjà le groupe s’était divisé. Athos voyait ses deux amis sur le point de partir; quelque chose comme un brouillard passa devant ses yeux et pesa sur son cœur.

«C’est étrange! pensa-t-il. D’où vient cette envie que j’ai d’embrasser Porthos encore une fois?»

Justement Porthos s’était retourné, et il venait à son vieil ami les bras ouverts.

Cette dernière étreinte fut tendre comme dans la jeunesse, comme dans les temps où le cœur était chaud, la vie heureuse.

Et puis Porthos monta sur son cheval. Aramis revint aussi pour entourer de ses bras le cou d’Athos.

Ce dernier les vit sur le grand chemin s’allonger dans l’ombre avec leurs manteaux blancs. Pareils à deux fantômes, ils grandissaient en s’éloignant de terre, et ce n’est pas dans la brume, dans la pente du sol qu’ils se perdirent: à bout de perspective, tous deux semblèrent avoir donné du pied un élan qui les faisait disparaître évaporés dans les nuages.