Alors Athos, le cœur serré, retourna vers la maison en disant à Bragelonne:

— Raoul, je ne sais quoi vient de me dire que j’avais vu ces deux hommes pour la dernière fois.

— Il ne m’étonne pas, monsieur, que vous ayez cette pensée, répondit le jeune homme, car je l’ai en ce moment même, et moi aussi, je pense que je ne verrai plus jamais MM. du Vallon et d’Herblay.

— Oh! vous, reprit le comte, vous me parlez en homme attristé par une autre cause, vous voyez tout en noir; mais vous êtes jeune; et s’il vous arrive de ne plus voir ces vieux amis, c’est qu’ils ne seront plus du monde où vous avez bien des années à passer. Mais, moi...

Raoul secoua doucement la tête, et s’appuya sur l’épaule du comte, sans que ni l’un ni l’autre trouvât un mot de plus en son cœur, plein à déborder.

Tout à coup, un bruit de chevaux et de voix, à l’extrémité de la route de Blois, attira leur attention de ce côté.

Des porte-flambeaux à cheval secouaient joyeusement leurs torches sur les arbres de la route, et se retournaient de temps en temps pour ne pas distancer les cavaliers qui les suivaient.

Ces flammes, ce bruit, cette poussière d’une douzaine de chevaux richement caparaçonnés, firent un contraste étrange au milieu de la nuit avec la disparition sourde et funèbre des deux ombres de Porthos et d’Aramis.

Athos rentra chez lui.

Mais il n’avait pas gagné son parterre, que la grille d’entrée parut s’enflammer; tous ces flambeaux s’arrêtèrent et embrasèrent la route. Un cri retentit: