Athos se leva le premier en disant:

— Il est tard... À demain, Raoul!

Raoul se leva à son tour et vint embrasser son père.

Celui-ci le retint sur sa poitrine, et lui dit d’une voix altérée:

— Dans deux jours, vous m’aurez donc quitté, quitté à jamais, Raoul?

— Monsieur, répliqua le jeune homme, j’avais fait un projet, celui de me percer le cœur avec mon épée, mais vous m’eussiez trouvé lâche; j’ai renoncé à ce projet, et puis il fallait nous quitter.

— Vous me quittez en partant, Raoul.

— Écoutez-moi encore, monsieur, je vous en supplie. Si je ne pars pas, je mourrai ici de douleur et d’amour. Je sais combien j’ai encore de temps à vivre ici. Renvoyez-moi vite, monsieur, ou vous me verrez lâchement expirer sous vos yeux, dans votre maison; c’est plus fort que ma volonté, c’est plus fort que mes forces; vous voyez bien que, depuis un mois, j’ai vécu trente ans, et que je suis au bout de ma vie.

— Alors, dit Athos froidement, vous partez avec l’intention d’aller vous faire tuer en Afrique? oh! dites-le... ne mentez pas.

Raoul pâlit et se tut pendant deux secondes, qui furent pour son père deux heures d’agonie, puis tout à coup: