— Monsieur, dit-il, j’ai promis de me donner à Dieu. En échange de ce sacrifice que je fais de ma jeunesse et de ma liberté, je ne lui demanderai qu’une chose: c’est de me conserver pour vous, parce que vous êtes le seul lien qui m’attache encore à ce monde. Dieu seul peut me donner la force pour ne pas oublier que je vous dois tout, et que rien ne me doit être avant vous.

Athos embrassa tendrement son fils et lui dit:

— Vous venez de me répondre une parole d’honnête homme; dans deux jours, nous serons chez M. de Beaufort, à Paris: et c’est vous qui ferez alors ce qu’il vous conviendra de faire. Vous êtes libre, Raoul. Adieu!

Et il gagna lentement sa chambre à coucher.

Raoul descendit dans le jardin, où il passa la nuit dans l’allée des tilleuls.

Chapitre CCXXXIV — Préparatifs de départ

Athos ne perdit plus le temps à combattre cette immuable résolution. Il mit tous ses soins à faire préparer, pendant les deux jours que le duc lui avait accordés, tout l’équipage de Raoul. Ce travail regardait le bon Grimaud, lequel s’y appliqua sur-le-champ, avec le cœur et l’intelligence qu’on lui connaît.

Athos donna ordre à ce digne serviteur de prendre la route de Paris quand les équipages seraient prêts, et, pour ne pas s’exposer à faire attendre le duc ou, tout au moins, à mettre Raoul en retard si le duc s’apercevait de son absence, il prit, dès le lendemain de la visite de M. de Beaufort, le chemin de Paris avec son fils.

Ce fut pour le pauvre jeune homme une émotion bien facile à comprendre que celle d’un retour à Paris, au milieu de tous les gens qui l’avaient connu et qui l’avaient aimé.

Chaque visage rappelait, à celui qui avait tant souffert une souffrance, à celui qui avait tant aimé, une circonstance de son amour. Raoul, en se rapprochant de Paris, se sentait mourir. Une fois à Paris, il n’exista réellement plus. Lorsqu’il arriva chez M. de Guiche, on lui expliqua que M. de Guiche était chez Monsieur.