Raoul prit le chemin du Luxembourg, et, une fois arrivé, sans s’être douté qu’il allait dans un endroit où La Vallière avait vécu, il entendit tant de musique et respira tant de parfums, il entendit tant de rires joyeux et vit tant d’ombres dansantes, que, sans une charitable femme qui l’aperçut morne et pâle sous une portière, il fût demeuré là quelques moments, puis serait parti sans jamais revenir.
Mais comme nous l’avons dit, aux premières antichambres il avait arrêté ses pas uniquement pour ne point se mêler à toutes ces existences heureuses qu’il sentait s’agiter dans les salles voisines.
Et, comme un valet de Monsieur, le reconnaissant, lui avait demandé s’il comptait voir Monsieur ou Madame, Raoul lui avait à peine répondu et était tombé sur un banc près de la portière de velours, regardant une horloge qui venait de s’arrêter depuis une heure.
Le valet avait passé; un autre était arrivé alors plus instruit encore, et avait interrogé Raoul pour savoir s’il voulait qu’on prévînt M. de Guiche.
Ce nom n’avait pas éveillé l’attention du pauvre Raoul.
Le valet, insistant, s’était mis à raconter que de Guiche venait d’inventer un jeu de loterie nouveau, et qu’il l’apprenait à ces dames.
Raoul, ouvrant de grands yeux comme le distrait de Théophraste, n’avait plus répondu; mais sa tristesse en avait augmenté de deux nuances.
La tête renversée, les jambes molles, la bouche entrouverte pour laisser passer les soupirs, Raoul restait ainsi oublié dans cette antichambre, quand tout à coup une robe passa en frôlant les portes d’un salon latéral qui débouchait sur cette galerie.
Une femme jeune, jolie et rieuse, gourmandant un officier de service, arrivait par là et s’exprimait avec vivacité.
L’officier répondait par des phrases calmes mais fermes; c’était plutôt un débat d’amants qu’une contestation de gens de cour, qui finit par un baiser sur les doigts de la dame.