— Si j’en avais un, celui-là aurait trois cent mille livres, répliqua Planchet.
— Il faut l’avoir, dit flegmatiquement Athos, ne fût-ce que pour ne pas laisser perdre votre petite fortune.
Ce mot: petite fortune, mit Planchet à son rang, comme autrefois la voix du sergent quand Planchet n’était que piqueur dans le régiment de Piémont, où l’avait placé Rochefort.
Athos comprit que l’épicier épouserait Trüchen, et que, bon gré mal gré, il ferait souche.
Cela lui apparut d’autant plus évidemment, qu’il apprit que le garçon auquel Planchet vendait son fonds était un cousin de Trüchen.
Athos se souvint que ce garçon était rouge de teint comme une giroflée, crépu de cheveux et carré d’épaules.
Il savait tout ce qu’on peut, tout ce qu’on doit savoir sur le sort d’un épicier. Les belles robes de Trüchen ne payaient pas seules l’ennui qu’elle éprouverait à s’occuper de nature champêtre et de jardinage en compagnie d’un mari grisonnant.
Athos comprit donc, comme nous l’avons dit, et, sans transition:
— Que fait M. d’Artagnan? dit-il. On ne l’a pas trouvé au Louvre.
— Ah! monsieur le comte, M. d’Artagnan a disparu.