— C’était le diable, monsieur! car le gentilhomme, joyeux, s’écria en le voyant: «Ah! merci, monseigneur.»
— C’est étrange! murmura le comte en regardant Raoul.
— Que fîtes-vous? demanda celui-ci au pêcheur.
— Vous comprenez bien, monsieur, que deux pauvres hommes comme nous étaient déjà trop peu contre deux gentilshommes; mais contre le diable! ah bien! oui! Nous ne nous consultâmes pas, mon compagnon et moi, mais nous ne fîmes qu’un saut à la mer: nous étions à sept ou huit cents pieds de la côte.
— Et alors?
— Et alors, monsieur, comme il faisait un petit vent sud-ouest, la barque fila toujours et alla se jeter dans les sables de Sainte-Marguerite.
— Oh!... mais les deux voyageurs?
— Bah! n’ayez donc pas d’inquiétudes. Voilà bien la preuve que l’un était le diable et protégeait l’autre; car, lorsque nous regagnâmes le bateau à la nage, au lieu de trouver ces deux créatures brisées par le choc, nous ne trouvâmes plus rien, pas même le carrosse.
— Étrange! étrange! répéta le comte. Mais, depuis, mon ami, qu’avez-vous fait?
— Ma plainte au gouverneur de Sainte-Marguerite, qui m’a mis le doigt sous le nez en m’annonçant que, si je cherchais à lui conter des sornettes pareilles, il me les paierait en coups d’étrivières.