On se dirigea vers l’entrée du fort, et, l’incident étant vidé, les huit soldats retournèrent à leurs doux loisirs, un moment troublés par cette aventure inouïe.

Chapitre CCXXXVIII — Captif et geôliers

Une fois entrés dans le fort, et tandis que le gouverneur faisait quelques préparatifs pour recevoir ses hôtes:

— Voyons, dit Athos, un mot d’explication pendant que nous sommes seuls.

— Le voici simplement, répondit le mousquetaire. J’ai conduit à l’île un prisonnier que le roi défend qu’on voie; vous êtes arrivés, il vous a jeté quelque chose par son guichet de fenêtre; j’étais à dîner chez le gouverneur, j’ai vu jeter cet objet, j’ai vu Raoul le ramasser. Il ne me faut pas beaucoup de temps pour comprendre, j’ai compris, et je vous ai crus d’intelligence avec mon prisonnier. Alors...

— Alors vous avez commandé qu’on nous fusillât.

— Ma foi! je l’avoue; mais, si j’ai le premier sauté sur un mousquet, heureusement j’ai été le dernier à vous mettre en joue.

— Si vous m’eussiez tué, d’Artagnan, il m’arrivait ce bonheur de mourir pour la maison royale de France; et c’est un signe d’honneur de mourir par votre main, à vous, son plus noble et son plus loyal défenseur.

— Bon! Athos, que me contez-vous là de la maison royale? balbutia d’Artagnan. Comment! vous, comte, un homme sage et bien avisé, vous croyez à ces folies écrites par un insensé?

— Avec d’autant plus de raison, mon cher chevalier, que vous avez ordre de tuer ceux qui y croiraient, continua Raoul.