— Comment! s’écria le gouverneur, que faites-vous? Je ne puis donc pas lire?
— C’est le secret de l’État, répliqua nettement d’Artagnan, et, puisque vous savez, d’après l’ordre du roi, qu’il y a peine de mort contre quiconque le pénétrera, je vais, si vous le voulez, vous laisser lire et vous faire fusiller aussitôt après.
Pendant cette apostrophe, moitié sérieuse moitié ironique, Athos et Raoul gardaient un silence plein de sang-froid.
— Mais il est impossible, dit le gouverneur, que ces messieurs ne comprennent pas au moins quelques mots.
— Laissez donc! quand bien même ils comprendraient ce qu’on parle, ils ne liraient pas ce que l’on écrit. Ils ne le liraient même pas en espagnol. Un noble espagnol, souvenez-vous-en, ne doit jamais savoir lire.
Il fallut que le gouverneur se contentât de ces explications, mais il était tenace.
— Invitez ces messieurs à venir au fort, dit-il.
— Je le veux bien, et j’allais vous le proposer, répliqua d’Artagnan.
Le fait est que le capitaine avait une tout autre idée, et qu’il eût voulu voir ses amis à cent lieues. Mais force lui fut de tenir bon.
Il adressa en espagnol aux deux gentilshommes une invitation que ceux-ci acceptèrent.