Son cheval fit un mouvement qui écarta le cavalier de ses amis.

Cette scène avait lieu devant la maison choisie par Athos aux portes d’Antibes, et où d’Artagnan, après le souper, avait commandé qu’on lui amenât ses chevaux.

La route commençait là, et s’étendait blanche et onduleuse dans les vapeurs de la nuit. Le cheval respirait avec force l’âpre parfum salin qui s’exhale des marécages.

D’Artagnan prit le trot, et Athos commença à revenir tristement avec Raoul.

Tout à coup ils entendirent se rapprocher le bruit des pas du cheval, et d’abord ils crurent à une de ces répercussions singulières qui trompent l’oreille à chaque circonflexion des chemins.

Mais c’était bien le retour du cavalier. D’Artagnan revenait au galop vers ses amis. Ceux-ci poussèrent un cri de joyeuse surprise, et le capitaine, sautant à terre comme un jeune homme, vint prendre dans ses deux bras les deux têtes chéries d’Athos et de Raoul.

Il les tint longtemps embrassés sans dire un mot, sans laisser échapper un soupir qui brisait sa poitrine. Puis, aussi rapidement qu’il était venu, il repartit en appuyant les deux éperons aux flancs du cheval furieux.

— Hélas! dit le comte tout bas, hélas!

«Mauvais présage! se disait de son côté d’Artagnan en regagnant le temps perdu. Je n’ai pu leur sourire. Mauvais présage!»

Le lendemain, Grimaud était remis sur pied. Le service commandé par M. de Beaufort s’accomplissait heureusement. La flottille, dirigée sur Toulon par les soins de Raoul, était partie, traînant après elle, dans de petites nacelles presque invisibles, les femmes et les amis des pêcheurs et des contrebandiers, mis en réquisition pour le service de la flotte.