Grimaud, bouillonnant d’une ardeur de jeune homme, faisait porter au vaisseau amiral les bagages de Raoul.

Athos, son bras passé sous celui du fils qu’il allait perdre, s’absorbait dans la plus douloureuse méditation, s’étourdissant du bruit et du mouvement.

Tout à coup un officier de M. de Beaufort vint à eux pour leur apprendre que le duc manifestait le désir de voir Raoul à ses côtés.

— Veuillez dire au prince, monsieur, s’écria le jeune homme, que je lui demande encore cette heure pour jouir de la présence de M. le comte.

— Non, non, interrompit Athos, un aide de camp ne peut ainsi quitter son général. Veuillez dire au prince, monsieur, que le vicomte va se rendre auprès de lui.

L’officier partit au galop.

— Nous quitter ici, nous quitter là-bas, ajouta le comte, c’est toujours une séparation.

Il épousseta soigneusement l’habit de son fils, et lui passa la main sur les cheveux tout en marchant.

— Tenez, Raoul, dit-il, vous avez besoin d’argent; M. de Beaufort mène grand train, et je suis certain que vous vous plairez, là-bas, à acheter des chevaux et des armes, qui sont choses précieuses en ce pays. Or, comme vous ne servez pas le roi ni M. de Beaufort, et que vous ne relevez que de votre libre arbitre, vous ne devez compter ni sur solde ni sur largesses. Je veux donc que vous ne manquiez de rien à Djidgelli. Voici deux cents pistoles. Dépensez-les, Raoul, si vous tenez à me faire plaisir.

Raoul serra la main de son père, et, au détour d’une rue, ils virent M. de Beaufort monté sur un magnifique genet blanc, qui répondait par de gracieuses courbettes aux applaudissements des femmes de la ville.