Le duc appela Raoul et tendit la main au comte. Il lui parla longtemps, avec de si douces expressions, que le cœur du pauvre père s’en trouva un peu réconforté.

Il semblait pourtant à tous deux, au père et au fils, que leur marche aboutissait au supplice. Il y eut un moment terrible, celui où, pour quitter le sable de la plage, les soldats et les marins échangèrent, avec leurs familles et leur amis, les derniers baisers: moment suprême où, malgré la pureté du ciel, la chaleur du soleil, malgré les parfums de l’air et la douce vie qui circule dans les veines, tout paraît noir, tout paraît amer, tout fait douter de Dieu, en parlant par la bouche même de Dieu.

Il était d’usage que l’amiral s’embarquât le dernier avec sa suite; le canon attendait, pour lancer sa formidable voix, que le chef eût mis un pied sur le plancher de son navire.

Athos, oubliant et l’amiral, et la flotte, et sa propre dignité d’homme fort, ouvrit les bras à son fils et l’étreignit convulsivement sur sa poitrine.

— Accompagnez-nous à bord, dit le duc ému; vous gagnerez une bonne demi-heure.

— Non, fit Athos, non, mon adieu est dit. Je ne veux pas en dire un second.

— Alors, vicomte, embarquez, embarquez vite! ajouta le prince voulant épargner les larmes à ces deux hommes dont le cœur se gonflait.

Et, paternellement, tendrement, fort comme l’eût été Porthos, il enleva Raoul dans ses bras et le plaça sur la chaloupe dont les avirons commencèrent à nager aussitôt sur un signe.

Lui-même, oubliant le cérémonial, sauta sur le plat bord de ce canot, et le poussa, d’un pied vigoureux, en mer.

— Adieu! cria Raoul.