En chemin, Mme de Chevreuse déposa Mme Vanel chez M. son mari, et, restée seule avec Colbert, elle poursuivit sa promenade en causant d’affaires. Elle avait un fonds de conversation inépuisable, cette chère duchesse, et, comme elle parlait toujours pour le mal d’autrui, toujours pour son bien à elle, sa conversation amusait l’interlocuteur et ne laissait pas d’être pour elle d’un bon rapport.
Elle apprit à Colbert, qui l’ignorait, combien il était un grand ministre, et combien Fouquet allait devenir peu de chose.
Elle lui promit de rallier à lui, quand il serait surintendant toute la vieille noblesse du royaume, et lui demanda son avis sur la prépondérance qu’il faudrait laisser prendre à La Vallière.
Elle le loua, elle le blâma, elle l’étourdit. Elle lui montra le secret de tant de secrets, que Colbert craignit un moment d’avoir affaire au diable.
Elle lui prouva qu’elle tenait dans sa main le Colbert d’aujourd’hui, comme elle avait tenu le Fouquet d’hier.
Et, comme, naïvement, il lui demandait la raison de cette haine qu’elle portait au surintendant:
— Pourquoi le haïssez-vous vous-même? dit-elle.
— Madame, en politique, répliqua-t-il, les différences de systèmes peuvent amener des dissidences entre les hommes. M. Fouquet m’a paru pratiquer un système opposé aux vrais intérêts du roi.
Elle l’interrompit.
— Je ne vous parle plus de M. Fouquet. Le voyage que le roi fait à Nantes nous en rendra raison. M. Fouquet, pour moi, c’est un homme passé. Pour vous aussi.