Celui-ci, qui ne voulait pas avoir de gêne dans ses allures, laissa sa brigade aux ordres d’un lieutenant, et partit de son côté, sur des chevaux de poste, en recommandant à ses hommes le plus grande diligence.

Si rapidement qu’ils allassent, ils ne pouvaient arriver avant lui.

Il eut le temps, en passant devant la rue Croix-des-Petits-Champs, de voir une chose qui lui donna beaucoup à penser. Il vit M. Colbert sortant de sa maison pour entrer dans un carrosse qui stationnait devant la porte.

Dans ce carrosse, d’Artagnan aperçut des coiffes de femme, et, comme il était curieux, il voulut savoir le nom des femmes cachées par les coiffes.

Pour parvenir à les voir, car elles faisaient gros dos et fine oreille, il poussa son cheval si près du carrosse, que sa botte à entonnoir frotta le mantelet et ébranla tout, contenant et contenu.

Les dames, effarouchées, poussèrent, l’une un petit cri, auquel d’Artagnan reconnut une jeune femme, l’autre une imprécation à laquelle il reconnut la vigueur et l’aplomb que donne un demi-siècle.

Les coiffes s’écartèrent: l’une des femmes était Mme Vanel, l’autre était la duchesse de Chevreuse.

D’Artagnan eut plus vite vu que les dames. Il les reconnut et elles ne le reconnurent pas; et, comme elles riaient de leur frayeur en se pressant affectueusement les mains:

«Bien! se dit d’Artagnan, la vieille duchesse n’est plus aussi difficile qu’autrefois en amitiés; elle fait la cour à la maîtresse de M. Colbert! Pauvre M. Fouquet! cela ne lui présage rien de bon.»

Et il s’éloigna. M. Colbert prit place dans le carrosse, et ce noble trio commença un pèlerinage assez lent vers le bois de Vincennes.