D’Artagnan voulut empêcher cet homme d’entretenir Fouquet, et l’éloigna, mais le message avait été remis au surintendant. Fouquet décacheta la lettre et la lut; en ce moment, un vague effroi que d’Artagnan pénétra facilement se peignit sur les traits du premier ministre.
M. Fouquet mit le papier dans le portefeuille qu’il avait sous son bras, et continua son chemin vers les appartements du roi.
D’Artagnan, par les petites fenêtres pratiquées à chaque étage du donjon, vit, en montant derrière Fouquet, l’homme au billet regarder autour de lui sur la place et faire des signes à plusieurs personnes qui disparurent dans les rues adjacentes, après avoir elles-mêmes répété ces signes faits par le personnage que nous avons indiqué.
On fit attendre Fouquet un moment sur cette terrasse dont nous avons parlé, terrasse qui aboutissait au petit corridor après lequel on avait établi le cabinet du roi.
D’Artagnan alors passa devant le surintendant, que, jusque-là, il avait accompagné respectueusement, et entra dans le cabinet royal.
— Eh bien? lui demanda Louis XIV, qui, en l’apercevant, jeta sur la table couverte de papiers une grande toile verte.
— L’ordre est exécuté, Sire.
— Et Fouquet?
— M. le surintendant me suit, répliqua d’Artagnan.
— Dans dix minutes, on l’introduira près de moi, dit le roi en congédiant d’Artagnan d’un geste.