— Vous savez, répliqua-t-il en essayant de sourire, que vous venez de dire: À Belle-Île, chez moi?

— C’est vrai, Sire.

— Eh bien! ne vous souvient-il plus, continua le roi du même ton enjoué, que vous me donnâtes Belle-Île?

— C’est encore vrai, Sire. Seulement, comme vous ne l’avez pas prise, vous en viendrez prendre possession.

— Je le veux bien.

— C’était, d’ailleurs, l’intention de Votre Majesté autant que la mienne, et je ne saurais dire à Votre Majesté combien j’ai été heureux et fier en voyant toute la maison militaire du roi venir de Paris pour cette prise de possession.

Le roi balbutia qu’il n’avait pas amené ses mousquetaires pour cela seulement.

— Oh! je le pense bien, dit vivement Fouquet; Votre Majesté sait trop bien qu’il lui suffit de venir seule une badine à la main, pour faire tomber toutes les fortifications de Belle-Île.

— Peste! s’écria le roi, je ne veux pas qu’elles tombent, ces belles fortifications qui ont coûté si cher à élever. Non! qu’elles demeurent contre les Hollandais et les Anglais. Ce que je veux voir à Belle-Île, vous ne le devineriez pas, monsieur Fouquet: ce sont les belles paysannes, filles et femmes, des terres ou des grèves, qui dansent si bien et sont si séduisantes avec leurs jupes d’écarlate! on m’a fort vanté vos vassales, monsieur le surintendant. Tenez, faites-les-moi voir.

— Quand Votre Majesté voudra.