Et il lut le mot cheval.

— Tiens! fit-il.

Et il en examina un autre, sur lequel pas une lettre n’était tracée.

Sur un troisième, il lut le mot blanc.

Cheval blanc, répéta-t-il, comme l’enfant qui épelle. Ah! mon Dieu! s’écria le défiant esprit, cheval blanc!

Et, semblable à ce grain de poudre qui, brûlant, se dilate en un volume centuple, d’Artagnan, gonflé d’idées et de soupçons, remonta rapidement vers la terrasse.

Le cheval blanc courait, courait toujours dans la direction de la Loire, à l’extrémité de laquelle, fondue dans les vapeurs de l’eau, une petite voile apparaissait, balancée comme un atome.

— Oh! oh! cria le mousquetaire, il n’y a qu’un homme qui fuit pour courir aussi vite dans les terres labourées. Il n’y a qu’un Fouquet, un financier, pour courir ainsi en plein jour sur un cheval blanc... Il n’y a que le seigneur de Belle-Île pour se sauver du côté de la mer, quand il y a des forêts si épaisses dans les terres... Et il n’y a qu’un d’Artagnan au monde pour rattraper M. Fouquet, qui a une demi-heure d’avance, et qui aura joint son bateau avant une heure.

Cela dit, le mousquetaire donna ordre que l’on menât grand train le carrosse aux treillis de fer dans un bouquet de bois situé hors de la ville. Il choisit son meilleur cheval, lui sauta sur le dos, et courut par la rue aux Herbes, en prenant, non pas le chemin qu’avait pris Fouquet, mais le bord même de la Loire, certain qu’il était de gagner dix minutes sur le total du parcours, et de joindre, à l’intersection des deux lignes, le fugitif qui ne soupçonnerait pas d’être poursuivi de ce côté.

Dans la rapidité de la course, et avec l’impatience du persécuteur, s’animant comme à la chasse, comme à la guerre, d’Artagnan, si doux, si bon pour Fouquet, se surprit à devenir féroce et presque sanguinaire.