Du trot, l’animal, épuisé, passa au petit pas avec des vertiges qui secouaient sa tête; le sang venait à sa bouche avec l’écume.
D’Artagnan fit un effort désespéré, sauta sur Fouquet, et le prit par la jambe en disant d’une voix entrecoupée, haletante:
— Je vous arrête au nom du roi: cassez-moi la tête, nous aurons tous deux fait notre devoir.
Fouquet lança loin de lui, dans la rivière, les deux pistolets dont d’Artagnan eût pu se saisir, et, mettant pied à terre:
— Je suis votre prisonnier, monsieur, dit-il; voulez-vous prendre mon bras, car vous allez vous évanouir?
— Merci, murmura d’Artagnan, qui effectivement, sentit la terre manquer sous lui et le ciel fondre sur sa tête.
Et il roula sur le sable, à bout d’haleine et de forces.
Fouquet descendit le talus de la rivière, puisa de l’eau dans son chapeau, vint rafraîchir les tempes du mousquetaire, et lui glissa quelques gouttes fraîches entre les lèvres.
D’Artagnan se releva, cherchant autour de lui d’un œil égaré.
Il vit Fouquet agenouillé, son chapeau humide à la main et souriant avec une ineffable douceur.